Son oeuvre [celle de Marcel Proust] représente moins la création de ce qu'on appelle un "monde" d'écrivain (...) que l'application d'une conquête technique décisive, aussitôt utilisable par
tous : un saut qualitatif dans l'appareillage optique de la littérature. Le pouvoir séparateur de l'oeil - de l'oeil intime - a doublé : voilà la nouveauté capitale; elle implique, comme
toute mise au point d'un microscope plus perfectionné, à la fois une minutie supérieure dans l'observation de domaines déjà explorés et l'accès à des domaines neufs, qui jusque là
restaient indiscernables (...)
Il existe pour chaque époque un infiniment petit que la littérature considère comme matière de rebut, comme indigne qu'on en fasse état, mais le seuil de cet infiniment petit et négligeable se
déplace avec le temps, et ce seuil va s'abaissant (...) Le détail vestimentaire minutieux des personnages de Balzac se situe pour un contemporain de Boileau au delà de ce seuil, mais les détails
lilliputiens par lesquels se trahit le snobisme de Legrandin sont de même au-delà du pouvoir séparateur à la disposition de Flaubert.
Partager l'article !Gracq et le pouvoir séparateur de l'oeil:
Son oeuvre [celle de Marcel Proust] représente moins la création de ce qu'on appelle un "monde" d'écr ...
Je suis un romancier amateur de détails. Hélas ! Voltaire désapprouve : "Malheur aux détails, la postérité les néglige tous. Ils sont la vermine qui tue les grands ouvrages."
Mon autre blog
Mon autre blog, chronique et présentation des romans que j'ai publiés à ce jour. Ici
Derniers Commentaires